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Patrice Talon, le nouvel homme fort du Benin

21 Mars 2016, 02:39am

Publié par Aziz Imorou

Patrice Talon, le nouvel homme fort du Benin

Le magnat du coton, Patrice Talon, a battu, dimanche 20 mars, Lionel Zinsou, sur toute l’étendue du territoire national. Le milliardaire cotonnier est arrivé largement en tête au second tour de la présidentielle de 2016. Il n’est pas exagéré de dire que l’homme de la Rupture a enterré, dans les urnes, son challenger de la Continuité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Talon et le peuple béninois viennent de renvoyer Zinsou en France, donnant ainsi une leçon de vie à Boni Yayi.

Débarqué de Paris pour livrer un combat politique, en lieu et place de Boni Yayi, contre Patrice Talon, Lionel Zinsou est tombé l’arme à la main, sans effusion de sang, à Cotonou. Les béninois refusent de confier la présidence de la République au Franco-Béninois. En effet, au poste de Zakamey (Abomey) Talon obtient 558 voix quand Zinsou s’en sort avec 79. Mais au centre de vote de la maison des jeunes d’Agla (Cotonou), Talon a eu 1919 voix tandis que Zinsou obtient 466. Dans l’arrondissement de Soclogbo (Dassa-Zoumè, Talon totalise 2272 voix pendant que Zinsou décroche 1397. En un mot, Talon a été plébiscité président de la République pour un « Nouveau départ » au Bénin.

Le peuple tranche

Entre la Continuité et la Rupture, le peuple a tranché en faveur de la seconde option. Le candidat de l’opposition, Patrice Talon a fait une razzia électorale dans 7 départements, à savoirs le Zou, le Mono, le Couffo, l’Atlantique, le Littoral, le Plateau et l’Ouémé, sur les 12 du pays. En effet, à ses dépens, l’ami politique de Laurent Fabius, Lionel Zinsou, a appris que, dans les urnes, le peuple béninois se montre toujours indépendant et souverain. En dépit du soutien franc du chef de l’Etat, Boni Yayi, du vice-Premier ministre, François Abiola, du président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji, et du vice-président de l’Assemblée nationale, Eric Houndété, le candidat de l’Alliance républicaine FCBE-PRD-RB, Lionel Zinsou, n’a pas fait le miracle. Le Franco-béninois a été humilié sur toute la ligne. Les FCBE d’Eugène Azatassou, le PRD d’Adrien Houngbédji et la RB de Léhady Soglo n’ont pu sauver Lionel Zinsou du naufrage électoral de Patrice Talon. Le candidat aux couleurs françaises a été purement et simplement rejeté. Dans une large majorité, les béninois ont dit non à Lionel Zinsou, non à la Continuité, non au dauphin, non à un 3ème mandat de Boni Yayi, non à la « Poutinisation » du Bénin et non à l’enracinement de la « Françafrique » en Afrique de l’ouest. Les électeurs ont sanctionné le chef de l’Etat sortant devenu impopulaire.

Yayi perd la face

Commencée le 17 octobre 2012 à Bruxelles, la bataille politico-juridico-financière entre Boni Yayi et Patrice Talon a connu, le 20 mars 2016, son épilogue à Cotonou. On s’en souvient, le 22 octobre 2012, les journaux béninois ont révélé, dans leur majorité, l’affaire relative à la tentative d’empoisonnement contre le chef de l’Etat. Il a été dit que Patrice Talon est le présumé instigateur de l’élimination physique de Boni Yayi. En l’espace de 4 mois, précisément le 20 février 2013, le même commanditaire a été cité encore dans une affaire de coup d’Etat manqué contre le président de la République. Entre temps, le 19 septembre 2012, le principal accusé s’est exilé en France.

De mandat d’arrêt international émis à l’ordonnance de non-lieu prononcé et à l’extradition refusée, Yayi a échoué lamentablement dans sa tentative de jeter Talon en prison. Sont-ce les manifestations du destin de Talon ? Un bon destin, somme toute. Le milliardaire cotonnier a foulé, le 08 octobre 2015, le sol béninois. Mais ayant appris que Yayi veut présenter Zinsou à la présidentielle, Talon s’est préparé en conséquence pour affronter le prétendu dauphin du chef de l’Etat dans les urnes. Le peuple sollicité en arbitrage, a fait de Talon le président de la République, désavouant Yayi à travers Zinsou.

De l’exil à la Marina

« Je suis l’ennemi n°1 du président et au lieu de construire les choses les plus grotesques pour mettre un monsieur Talon sous cloche, Dieu fasse que le président retrouve ses esprits et qu’il sache qu’après le pouvoir, la vie continue, et qu’il retrouve le calme », disait Patrice Talon, le 29 octobre 2012, depuis son exil, sur RFI au micro de Christophe Boisbouvier. L’exilé politique ne savait pas qu’il faisait une prophétie. Les manœuvres machiavéliques du chef de l’Etat aidant, l’homme d’affaires a écrit une belle page de son histoire. La leçon, c’est que Thomas Boni Yayi va le regretter toute sa vie.

En effet, le chef de l’Etat a fait du milliardaire cotonnier une victime. Or, aux yeux des populations, une victime est une héroïne. Et dès lors, les Béninois ont fait de Patrice Talon un héros. Devant Dieu et devant les hommes, Talon a été élu démocratiquement président de la République. Nul ne prétendait connaître ce qui allait sortir des urnes au soir du second tour de la présidentielle de 2016. Le chef de l’Etat a fait feu de tout bois, en vue de faire gagner son dauphin. Thomas Boni Yayi a sorti les gros moyens. Il a multiplié les poses de premières pierres et les inaugurations d’infrastructures inachevées. L’argent frais a été distribué aux populations à la présidence de la République.

Nonobstant l’achat massif de la conscience, les électeurs ont accordé massivement leurs suffrages au porte flambeau de l’opposition, au détriment du candidat de la mouvance au pouvoir. Les Béninois ont hissé Patrice Talon au sommet de l’Etat. Lionel Zinsou n’a pas eu l’onction du peuple pour succéder à Boni Yayi.

Une chose est sûre, de l’exil en 2012, Patrice Talon est en passe de prendre place à la Marina en 2016. Les rôles sont en train d’être changés entre le magnat du coton et le locataire de la Marina. Boni Yayi va-t-il passer le témoin à son ennemi juré ? Dès que le peuple souverain décide, nul, même le chef de l’Etat, ne peut s’opposer à la volonté générale. Qu’est-ce que le candidat malheureux va faire à présent ?

Opposition ou retour au bercail

Deux alternatives s’offrent à Lionel Zinsou. Soit, il déclare son opposition à Patrice Talon. En bon républicain, Zinsou doit jouer un tel rôle pour le triomphe de la démocratie au Bénin. Il va connaître mieux les réalités béninoises et les béninois. Là, le Franco-béninois va gagner la confiance des électeurs, dans l’espoir de solliciter les suffrages du peuple à la présidentielle de 2021.

Mais rien n’est sûr ni moins sûr. La mayonnaise peut, comme ça peut ne pas prendre. Dans les rangs de Zinsou, il y va avoir une cacophonie des ambitions présidentielles en 2021. Les hommes politiques comme Komi Koutché (FCBE), Agustín Ahouanvoébla (PRD) et Luc Atrokpo (RB) peuvent décider de se présenter à ces joutes électorales. N’étant plus maître du jeu, Boni Yayi ne peut pas calmer les ardeurs. Le Franco-béninois risque de se plier. Et voilà que le Premier ministre de Boni Yayi n’a pas trop d’intérêts à Cotonou. Nul n’est prophète chez soi, enseigne un proverbe. S’il en est ainsi, la deuxième alternative qui s’offre à Lionel Zinsou, c’est le retour au bercail dans l’autre sens. Echoué au Bénin, le Premier ministre va rejoindre son deuxième patrie, la France. Il peut, aisément mener ses affaires en Europe et Amérique. Aussi, les Européens et les Américains connaissent-ils mieux les atouts du Franco-béninois, Lionel Zinsou, plus que les Africains. Dans tous les cas de figure, Patrice Talon a écrit une belle page de son histoire pour écrire celle du Bénin. Rendez-vous en 2021, pour faire le bilan.

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