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Brexit : L'Economiste Alastaire ALINSATO expose de probables conséquences sur les économies africaines

5 Juillet 2016, 03:06am

Publié par HODA Kouakou Steve

Alastaire ALINSATO.
Alastaire ALINSATO.

Après le vote sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne, quelles seront les conséquences sur les économies africaines ? C’est la grande interrogation sur toutes les lèvres en Afrique. Pour éclairer la lanterne des uns et des autres, Steve HODA s’est rapproché de l’Économiste Alastaire ALINSATO. Professeur Agrégé des Facultés de Sciences Economiques, Enseignant-chercheur à la FASEG-UAC, l’homme nous expose les conséquences du Brexit et fait des propositions pour éviter d’éventuelles sorties.

La grande Bretagne a décidé le 23 juin dernier de sortir de l’Union Européenne. Comment appréciez-vous cette sortie ?

Personnellement, je n’ai pas été surpris de la sortie de la Grande-Bretagne, qui a toujours été jalouse de sa souveraineté. Souvenez-vous que la Grande-Bretagne qui est l’un des pères fondateurs de l’UE, s’est refusé de faire partir de la zone euro. Elle a milité en effet pour conserver sa monnaie (la livre Sterling, NDLR) en l’état. Je complète pour dire que la monnaie comme vous le savez est un élément capital de l’expression de la souveraineté ; ce à quoi nous avons donc assisté le 23 juin dernier est une conséquence de l’attachement rédhibitoire à cette souveraineté. Bien évidemment, quelques relents nationalistes qui ont aussi vite prospéré sur des préjugés économiques à tort ou à raison, expliquent aussi en partie cette sortie.

Quelles conséquences cette sortie pourrait avoir sur les économies africaines ?

Parlant de conséquences, qu’elles soient positives ou négatives, il faut être prudent. Il est trop tôt pour faire des affirmations. Je pense d’ailleurs que dans le feu de l’action, on risque d’en entendre de pas très sérieux. Nous allons donc simplement avancer des conjectures. C’est vrai que le vote a eu lieu, mais la sortie, l’exit effectif de la Grande-Bretagne prendra encore un peu de temps. Il y aura des négociations qui seront ouvertes afin de discuter de la sortie. Les conséquences sur les économies européennes et africaines vont se décider à l’aune du contenu de ces négociations. Vous comprenez avec moi que tout le monde va travailler à ce que l’accord de sortie minimise les conséquences sur les différentes économies en présence. Ce que nous observons déjà, c’est la dépréciation de la livre sterling, (la monnaie britannique : NDLR). Ceci pourrait exacerber la récession que nous constatons vu le poids économique de la Grande-Bretagne dans l’Europe. Le pouvoir d’achat des Britanniques par rapport au reste du monde va se réduire en lien avec la dépréciation de la livre. Ainsi, on pourra noter que les importations de la Grande-Bretagne seront sévèrement impactées. Les pays comme le Kenya, le Ghana, le Nigéria et dans une moindre mesure le Sénégal peuvent en pâtir de cette situation, compte tenu des étroites relations commerciales (exportations) qu’ils entretiennent avec la Grande-Bretagne. L’autre chose que l’on peut ajouter concernant les conséquences sur les économies africaines est que les Accords de partenariats économiques de Cotonou en 2000 ont été signés avec l’Union Européenne au sein de laquelle se trouvait la Grande-Bretagne. La sortie de la Grande-Bretagne risque de fragiliser ces accords-là ou tout le moins entrainer une vague de renégociation d’accords spécifiques cette fois-ci avec la Grande-Bretagne. Toute chose qui renforcerait l’incertitude dans laquelle ce BREXIT plonge la communauté internationale. A court terme, les économies africaines risquent de ne savoir exactement à quoi s’en tenir en termes de relations économiques avec la Grande-Bretagne. C’est cette incertitude qui risque d’avoir des effets graves sur les économies. L’ampleur de ceux-ci dépendra bien évidemment de l’intégration directe ou indirecte des économies avec la Grande-Bretagne. Vous voyez la réponse qu’apportent les marchés boursiers ? L’accentuation de la baisse des cours ; ce qui n’est pas de nature à rassurer les différentes parties prenantes et surtout les pays africains dont l’économie en grande partie repose sur l’exportation des matières premières. Les difficultés des pays pétroliers risquent de s’aggraver davantage et pour le Bénin, c’est un risque vu l’importance du Nigéria pour notre économie. Le problème est que les marchés ne sont pas toujours rationnels, par conséquent, on ne saura pas exactement ce qui dans cette zone d’incertitude pourrait les amener à se comporter comme ceci ou comme cela. Comme vous le savez, l’incertitude n’est pas forcément bonne pour l’économie.

Qu’en sera-t-il de l’aide au développement ?

La Grande-Bretagne se classe troisième en ce qui concerne la contribution au FED (Fonds Européen du développement, NDLR) derrière l’Allemagne et la France. Ainsi donc, la contribution de ce pays qui est un peu plus de 500 millions d’euros ne devrait pas fondamentalement changer. Je vous ais dis que les Britanniques sont très attachés à leur souveraineté et il me semble normal qu’ils continuent par garder au moins le même niveau de contribution à l’APD que je considère moi comme une dépense de souveraineté. Elle permet généralement au pays donateur de situer sa position sur la carte d’influence mondiale et d’affermir son rôle dans la gestion des affaires du monde. La Grande-Bretagne aura à cœur de conserver son influence sur les affaires du monde. Par contre, cette aide dans un premier temps sera beaucoup plus orientée vers les pays anglo-saxons, vu les relations privilégiées que la Grande-Bretagne entretenait avec ces pays. Donc, s’il y a des conséquences du BREXIT à court terme en matière d’APD, elles ne peuvent être liées qu’à la couverture et à la dispersion de l’aide britannique qui n’utilisera plus désormais l’instrument européen (FED). Les pays autres qu’anglophones pourraient en pâtir, mais ceci va se régler progressivement en fonction des intérêts en jeu.

Qu’en sera-t-il des transferts de fonds des migrants ?

S’étant retiré de l’Union Européenne et sous réserve du contenu de l’accord de sortie, les migrants aussi bien Africains qu’Européens auront désormais le même statut ou plus ou moins ; dans tous les cas, les privilèges dont bénéficiaient autrefois les immigrés européens risquent de fondre ; ce qui pourrait permettre de mieux valoriser les immigrés africains. Toute chose qui va les rendre davantage compétitifs. Dans ce cas, les transferts de fonds des migrants vers l’Afrique ne peuvent que bien se porter.

Faut-il craindre d’autres départs de pays européens ?

Bien évidemment, avec la montée du nationalisme que l’on constate dans les différents pays européens. Pour donc empêcher d’autres sorties, il faut se servir du cas de la Grande-Bretagne comme leçon, comme un cas d’école. Montrer aux autres pays qui nourrissent en sourdine des ambitions de sortie, que l’on ne sort pas de l’Union Européenne impunément. Le BREXIT en la matière offre aux institutions européennes une belle opportunité.

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